Mouvement d’une grande pureté qui se résume à une montée des bras au-dessus de la tête pour une coupe shomen uchi.

J’aimerais qu’on vérifie ici deux points.

Le premier, c’est que maître Saito ne se jette pas vers l’avant pour entraîner uke dans la chute par un sacrifice de sa propre position. Il termine le mouvement à l’endroit même où il le commence. Le bassin donne une impulsion vers l’avant puis revient vers l’arrière dans une forme de rotation qui crée le vide où plonge uke. La posture demeure d’une grande stabilité.

Le deuxième c’est la position des pieds de maître Saito au moment de la projection : ils ne sont pas en sankaku (hanmi), ils sont en shikaku, la forme carrée de ko-tai, nécessaire précisément à la stabilité de la posture. Ko, l’enceinte carrée du château fort, représente la puissance statique, pivot indispensable à la projection.

Hanmi, le triangle, est la position initiale des pieds qui permet le mouvement dans les six directions, mais au moment de projeter uke il ne s’agit plus de bouger, il s’agit de s’enfoncer dans le sol comme le fait un arbre avec ses racines. C’est kenka goshi. Une fraction de seconde bien sûr, pour tout de suite après revenir à la mobilité de la position hanmi.

La vie est mouvement, elle n’est pas monolithique, elle est harmonie permanente des contraires, du chaud du froid, du sec et de l’humide, elle est équilibre, et de même le corps dans le mouvement d’Aikido, qui passe constamment de hanmi à hito e mi à kenka goshi, pour revenir toujours à hanmi. Eternel retour du même.

Philippe Voarino, septembre 2019.